Minute Litteraire 50
A pas tremblants et suspendus
Elle arrive enfin où repose
Son époux aux bras étendus,
Epoux plus beau qu'aucune chose.
C'était aussi l'Amour : son teint, par sa fraîcheur,
Rendait le lis jaloux, faisait honte à la rose.
Avant que de parler du teint,
Je devais vous avoir dépeint,
Pour aller par ordre en l'affaire,
La posture du dieu. Son col était penché:
C'est ainsi que le Somme en sa grotte est couché;
Ce qu'il ne fallait pas vous taire.
Ses bras à demi nus étalaient ses appas,
Non d'un Hercules ,ou d'un Atlas,
D'un Pan , d'un Sylvain, ou d'un Faune,
Ni même ceux d'une Amazone;
Mais ceux d'une Vénusà l'age de vingt ans.
Ses cheveux épars et flottants,
Et que les mains de la Nature
Avaient frisés à l'aventure,
Celles de Flore parfumés,
Cachaient quelques attraits dignes d'être éstimés;
Mais Psyché n'en etait qu'a prendre plus facile:
Car , pour un qu'ils cachaient, elle en soupçonnait mille;
Leurs anneaux,leurs boucles, leurs noeuds,
Tour à tour de Psyché reçurent tous des voeux;
Chacun eut à part son hommage.
Une chose nuisit pourtant à ses cheveux:
Ce fut la beauté du visage.
Que vous en dirai-je ? et comment
En parler assez dignement ?
Suppléer à mon impuissance:
Je ne vous aurais d'aujourd'hui
Dépeint les beautés de celui
Qui des beautés a l'intendance.
Que dirais-je des traits où les Ris sont logés ?
De ceux que les Amours ont entre eux partagés ?
Des yeux aux brillantes merveilles,
Qui sont les portes du désir ?
Et surtout des lèvres vermeilles,
Qui sont les sources du plaisir ?
"Les amours de Psyché et de Cupidon" LA FONTAINE .......